Dans un contexte marqué par un accès inégal à une alimentation saine et une autonomie encore limitée du territoire, la métropole de Lyon déploie depuis 2018 un projet alimentaire territorial structuré. Agriculture, filières locales, restauration collective, justice sociale et sensibilisation des habitants : la collectivité mène une stratégie globale pour faire évoluer progressivement la manière dont ses habitants consomment.
Une mobilisation croissante des territoires
Depuis 10 ans, les projets alimentaires territoriaux se multiplient au sein des collectivités. Ces dispositifs, visant à fédérer les acteurs autour du sujet de l’alimentation, ont notamment démontré leur efficacité pour renforcer la résilience alimentaire lors de la crise du Covid-19. La métropole de Lyon s’est emparée du sujet dès 2018, en débutant par un diagnostic : « en mêlant rapatriement de données et enquêtes, nous avons estimé qu’un tiers des habitants de la métropole déclarent ne pas avoir les moyens de s’alimenter correctement, explique Sarah Mühlberger, cheffe de projet alimentaire territorial à la métropole de Lyon. De plus, 15 % affirment ne pas avoir les moyens de manger à leur faim. » En parallèle, une modélisation des flux a démontré la relativement faible autonomie alimentaire de la métropole : seuls 4,6 % du contenu des assiettes des habitants proviennent du territoire. « La quasi-totalité des filières y sont représentées, mais les circuits tels qu’ils sont organisés aujourd’hui sont plutôt en faveur de l’exportation » reprend la cheffe de projet.
Cinq axes de travail
Sur la base de ce constat, la métropole porte ou soutient depuis plus de 5 ans plusieurs dizaines d’actions auxquelles l’ADEME a contribué via deux vagues de soutien financier, pour un montant total de 125 000 euros. Les projets menés s’articulent autour de cinq axes : l’agriculture, la structuration des filières, la restauration collective, la justice alimentaire et l’accompagnement des habitants pour une alimentation plus locale et durable.
Accompagner les jeunes agriculteurs
La métropole de Lyon comptabilise 240 agriculteurs, pour 1 400 000 bouches à nourrir. Dans les prochaines années, un tiers des agriculteurs du territoire partiront à la retraite. La métropole de Lyon se mobilise en faveur de la protection du foncier, grâce à des aides pour le maintien et le développement des exploitations mais aussi pour encourager de nouveaux professionnels à s’implanter sur le territoire, grâce à un travail fort sur l’installation et la transmission. Un espace de test en maraîchage biologique de six hectares a aussi été mis à disposition des nouveaux agriculteurs, permettant de limiter les investissements de départ. « Le matériel, le terrain et les formations sont à leur disposition pour un an, renouvelable deux fois, afin qu’ils puissent tester leur activité en conditions réelles avant de s’installer » explique Sarah Mühlberger.
Œuvrer pour la justice alimentaire
Fruit d’une collaboration entre les services en charge de l’action sociale et celui en charge de l’agriculture et de l’alimentation, la métropole de Lyon soutient le développement de points de distribution accessibles comme les épiceries sociales et solidaires, les groupements d’achat « VRAC » ou des tiers-lieux solidaires dans différents quartiers. En parallèle, une expérimentation est en cours au sein du 8e arrondissement de Lyon. « En s’inspirant du modèle de la sécurité sociale, 140 foyers cotisent, en fonction de leurs moyens, pour une caisse alimentaire » explique Sarah Mühlberger. Cet argent, redistribué à chacun selon la composition de son foyer, est utilisable dans 26 lieux conventionnés tels que des stands de producteurs sur le marché, des épiceries sociales et solidaires, deux supermarchés bios et une boulangerie. « Les habitants ont géré ce projet de manière démocratique, ils ont observé qu’il améliore significativement la manière de s’alimenter à la fois en quantité et en qualité » note la chargée de projet.
Soutenir les filières
Au-delà de la production, la métropole propose un accompagnement des acteurs de la filière agro-alimentaire locale. La collectivité soutient la pérennisation et le développement d’outils de transformation du territoire, tels qu’une légumerie, un moulin ou un abattoir, en coopération avec les collectivités voisines. Des programmes d’incubation pour les nouvelles entreprises sont proposés et un salon des professionnels de l’alimentation bio et locale est organisé, afin de renforcer le lien entre producteurs, transformateurs et consommateurs.
Agir dès le plus jeune âge
Près de 28 000 repas sont consommés chaque jour dans les collèges du territoire. Pour la métropole, les restaurants scolaires permettent de travailler à la fois sur la structuration des filières locales via la commande publique, l’accessibilité à l’alimentation grâce à la tarification sociale et l’éducation alimentaire des jeunes. « En 5 ans, nous avons réussi à passer de 5 à 53 % de produits bios en moyenne sur le territoire, explique Sarah Mühlberger. De plus, une ferme métropolitaine située à Chassieu est en cours de mise en route, et devrait à terme approvisionner 50 à 60 tonnes de légumes par an aux restaurants scolaires. »
Zoom sur l’accompagnement des habitants
Au fil de l’année, des animations sont proposées par différents acteurs soutenus par la métropole de Lyon, tels que des ateliers cuisine et jardinage, des rencontres avec des producteurs ou des interventions auprès des plus jeunes. En 2024 et 2025, un festival de l’alimentation a été organisé avec plus de 200 animations sur tout le territoire, pendant 10 jours.