Dossier

Sobriété  : comment embarquer les collectivités?

Sujet complexe, la problématique de la sobriété suscite encore des interrogations de la part des collectivités… Alors que faire pour les aider à franchir le pas ? Regards croisés de Karine Bosser, coordinatrice pôle Territoires durables, ADEME Normandie et Sébastien Maire, délégué général de France Ville durable.


De votre point de vue, quel est l’état d’esprit qui prévaut dans les collectivités vis-à-vis du sujet de la sobriété ?
Karine Bosser

En discutant avec des élus, je me rends compte que le terme de sobriété fait encore peur. Certains y voient une apologie de la décroissance, ce qui leur semble antinomique avec le développement de leur commune. Le concept est trop souvent assimilé à une contrainte et non à une aspiration positive. En Normandie, nous abordons ce sujet régulièrement depuis 2018 et nous devons encore combattre la culture de la possession et de la consommation dans laquelle nous évoluons tous.

Sébastien Maire

J’ai l’impression que l’état d’esprit des élus est ambivalent. Certains ont bien pris la mesure des enjeux environnementaux, de la finitude des ressources, et de la responsabilité directe de l’économie et de la surconsommation. Mais, après des décennies de promotion du « développement », il n’est pas toujours facile pour des élus d’expliquer aux habitants qu’il faut désormais changer de trajectoire.

 

Selon vous, quelle est la meilleure clé d’entrée pour dépasser ces peurs et aborder la thématique ?
S. M.

Nous commençons souvent par le thème de l’énergie parce qu’il est accessible et aussi parce qu’il permet de lever l’ambiguïté entre la notion de sobriété et celle d’efficacité. Tout le monde peut comprendre qu’éteindre l’éclairage public une partie de la nuit, c’est de la sobriété, alors qu’installer des ampoules à LED, c’est de l’efficacité. Par ailleurs, l’énergie est un domaine où les gains se mesurent rapidement, et ces « petits succès » quantifiables sont autant d’encouragements à aller plus loin.

K. B.

Énergie, aménagement, foncier, numérique, alimentation… quel que soit le sujet choisi, le plus important est de se poser la question des besoins réels. Pour moi, c’est la première clé d’entrée dans l’univers de la sobriété ! Avec les collectivités normandes que nous accompagnons, nous avons identifié trois étapes qui permettent de structurer les réflexions : d’abord l’appropriation en interne – écogestes et exemplarité –, puis des actions structurantes ciblées, et enfin une véritable politique territoriale pour réinterroger l’ensemble des politiques publiques. C’est une approche progressive qui permet de ne pas se disperser.

 

Et dans l’accompagnement vers plus de sobriété, quel est pour vous le levier le plus important ?
K. B.

L’ADEME a piloté des travaux d’exploration des actions de sobriété en France et en Europe. Baptisée -TERSOB, cette étude a révélé que les collectivités se sentaient souvent isolées et qu’elles avaient un grand besoin d’échanger entre elles pour partager les retours d’expérience et aussi célébrer les succès. Et, plus généralement, je pense qu’un autre levier doit être actionné, celui de l’accompagnement au changement de comportement pour faire évoluer nos modes de vie à l’échelle individuelle et collective.

S. M. 

Pour ma part, je plaide pour des efforts accrus sur le terrain de la formation sur les causes et conséquences de l’anthropocène – pour les élus, les acteurs économiques mais aussi sur le terrain de l’éducation populaire – pour déconstruire certaines certitudes et changer les imaginaires. Sur ce plan, je prends volontiers pour exemple la Convention citoyenne pour le climat : après seulement deux journées de formation, 150 personnes « lambda » ont été capables de formuler spontanément des propositions solides et audacieuses visant en particulier… la sobriété. Cela doit nous donner de l’espoir.